Situation des Tibétains et des Ouïgours en Suisse Plusieurs États ont développé leurs structures de renseignement en Suisse, ce qui pourrait se traduire par une intensification de différentes formes d’activités d’influence et de répression transnationale43. 5.3.2 Activités de la RPC en Suisse 5.3.2.1 Conclusions du rapport Weber Pour réaliser l’étude commandée par l’OFJ et le SEM, le Pr Weber et son équipe ont mené 57 entretiens avec différentes personnes : Tibétains, Ouïgours, experts et autres interlocu­ teurs. Ils ont aussi intégré à leurs travaux quatre lettres, une analyse de la littérature scienti­ fique, des articles de journalistes, d’organisations non gouvernementales et de groupes de réflexion, des documents accessibles au public et des cas de répression transnationale exer­ cée contre des Tibétains ou des Ouïgours. Leurs conclusions sont les suivantes : il est hautement probable que la RPC essaye de coop­ ter des Tibétains et des Ouïgours en Suisse afin qu’ils espionnent les membres de leur propre diaspora et exercent sur eux des pressions ; la cooptation a aussi pour but de diviser la dias­ pora en avivant les tensions entre ses membres ; certaines de ces tentatives sont couronnées de succès ; différentes stratégies sont appliquées selon le statut de séjour et la minorité à laquelle appartiennent les intéressés : les personnes d’ethnie tibétaine ou ouïgoure sans auto­ risation de séjour qui refusent de collaborer font l’objet de menaces concernant par exemple les membres de leur famille qui résident en RPC ; par contre, les Tibétains mieux lotis écono­ miquement ou établis en Suisse se voient plutôt proposer des avantages, par exemple finan­ ciers44, ou l’accès à des personnes influentes, à des informations difficiles à obtenir en temps normal ou à des permis de voyager pour rentrer au pays. Les Tibétains cooptés obtiennent la possibilité de mener à bien des projets et des transactions au Tibet ; les Ouïgours se voient proposer l’amélioration des conditions de vie de leurs proches restés au Xinjiang ou le réta­ blissement des contacts avec eux ; en échange, les espions ainsi recrutés doivent filmer leurs compatriotes lors de manifestations ou d’autres événements et fournir des informations sur eux et sur leurs activités, en relation avec le Congrès mondial des Ouïgours, par exemple45. Selon le rapport Weber, les autorités chinoises abordent certains Tibétains et certains Ouïgours en Suisse pour les sommer de rentrer en RPC, et se servent pour cela de proches restés en Chine, qu’elles obligent à téléphoner aux intéressés. Si ces derniers refusent de rentrer ou de participer à une rencontre avec les autorités chinoises de sécurité organisée dans ce but, leurs proches sont menacés d’arrestation, de perquisitions nocturnes ou d’autres ennuis. Ceux qui acceptent de rentrer s’exposent eux-mêmes à des risques d’enlèvement et de torture, comme l’ont révélé certaines des personnes interrogées46. Le rapport Weber pointe un autre objectif majeur des autorités chinoises, qui est de dissuader les Tibétains et les Ouïgours qui vivent en Suisse de mener des activités politiques. À cette fin, elles emploient la menace, les messages insistants et d’autres formes de harcèlement47 : appels téléphoniques récurrents, parfois en pleine nuit, photos de blessés envoyées par SMS, menaces explicites mettant en jeu des proches restés en Chine ou indiquant que le simple fait de se trouver à l’étranger n’est pas un gage de sécurité. Pour nuire à l’engagement politique des Tibétains et des Ouïgours, les autorités chinoises pratiquent la cyberattaque. Lors des entretiens menés par le Pr Weber et son équipe, plusieurs interlocuteurs ont témoigné de la destruction pure et simple d’ordinateurs et de téléphones 43 Cf. SRC (2019, 2022a) ; SRC (2018) : 79 Il est question d’individus qui obtiennent soudain les moyens de s’acheter une voiture, voire un logement. 45 Cf. Weber et al. (2024) : 16 s. 46 Cf. Weber et al. (2024) : 19 s. 47 Elles les emploieraient aussi afin d’imposer la cooptation et le retour. 44 19/34

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