Situation des Tibétains et des Ouïgours en Suisse
5 Situation des Tibétains et des Ouïgours en Suisse
quant à l’exercice de leurs droits fondamentaux
5.1
La répression transnationale en général
5.1.1 Définition, méthodes et exemples
Dans le présent rapport, on entend par « répression transnationale » l’ensemble des tenta
tives et des activités transfrontalières d’intimidation ou de répression émanant d’États géné
ralement autoritaires ou non démocratiques25. Ces activités visent par exemple des personnes
que ces États perçoivent comme une menace. Le but est de les contrôler ou de les faire taire
au moyen d’un large éventail de méthodes. Il s’agit donc de réprimer la contestation, l’acti
visme et l’opposition en créant un climat de peur au-delà des frontières nationales.
La plupart des cas de répression transnationale se produisent d’une manière subtile, discrète
et cachée. Un autre moyen de contrôler les membres d’une diaspora est de prendre des me
sures contre leurs proches restés au pays. Les moyens offerts par le numérique en matière
de cyberattaques et de cybersurveillance ont démultiplié la portée de la répression transna
tionale.
5.1.2
Cadre constitutionnel et droits fondamentaux
La répression transnationale porte atteinte à des droits fondamentaux en restreignant ou en
éliminant les possibilités d’agir protégées par le droit constitutionnel. Le postulat évoque d’ail
leurs expressément la situation des Tibétains « en ce qui concerne la liberté d’expression ».
Les droits fondamentaux ainsi menacés sont nombreux : liberté d’expression (art. 16 de la
Constitution [Cst.]), droit à la vie et à la liberté personnelle (art. 10 Cst.), protection de la
sphère privée (art. 13 Cst.), liberté de conscience et de croyance (art. 15 Cst.), liberté des
médias (art. 17 Cst.), liberté de la science (art. 20 Cst.), liberté de l’art (art. 21 Cst.), liberté de
réunion (art. 22 Cst.) et liberté d’association (art. 23 Cst.).
Les droits en matière de communication visés aux art. 16 ss Cst. garantissent notamment à
chacun le droit de s’exprimer librement sans craindre ni représailles ni censure. La libre circu
lation des opinions et des informations permet la formation d’une opinion éclairée, condition
élémentaire d’une société ouverte et démocratique, favorise le dynamisme de la société civile,
permet la critique du gouvernement26 et offre, de ce fait, une protection contre l’engourdisse
ment de la société et le totalitarisme27. Le Tribunal fédéral a d’ailleurs estimé dès 1970 que,
la liberté d’expression, étant indispensable au plein exercice de la démocratie, mérite une
place à part dans la liste des droits individuels garantis par la Constitution et un traitement
privilégié de la part des autorités28.
Les atteintes aux droits fondamentaux peuvent être directes ou indirectes. Dans le second
cas, la personne concernée n’ose pas user de son droit par peur d’une réaction des autorités
et pratique ainsi l’autocensure.
25
Selon Dukalskis, l’Ouzbékistan, la Chine, la Corée du Nord, la Turquie, la Russie, le Tadjikistan, l’Iran et la Syrie font partie
des pays générant les trois quarts environ des cas recensés dans la base de données, la Chine figurant au deuxième rang
après l’Ouzbékistan (cf. Dukalskis (2021) : 72).
26
Cf. l’arrêt de la CourEDH du 23 avril 1992 relatif à l’affaire Castells c. Espagne, série A, volume 236, § 46, selon lequel, dans
un système démocratique, les limites de la critique admissible sont plus larges à l’égard du gouvernement que d’un simple
particulier, ou même d’un homme politique.
27
Cf. Biagini Giovanni, Gächter Thomas et Kiener Regina (éd.) (2021) : 535.
28
ATF 96 I 586 consid. 6 ; Biagini Giovanni et al. (2021): 535, 533 s. ; Müller et Schefer (2008) : 347 s. ; Schefer (2020) : 1413 s.
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