Situation des Tibétains et des Ouïgours en Suisse 4 Mesures de surveillance appliquées par la RPC aux diasporas tibétaine et ouïgoure En plus de soumettre les minorités tibétaine et ouïgoure à des mesures de répression et de surveillance sur le territoire national, les autorités chinoises s’intéressent aux activités des diasporas correspondantes à l’étranger. L’existence de ces groupes politiquement actifs, no­ tamment dans les pays occidentaux, les préoccupe tout particulièrement. La RPC agit ici de trois façons : ouvertement, en opposant aux critiques de la diaspora à son endroit une contrecommunication globale et systématique ; discrètement, en intervenant auprès des autorités afin qu’elles bloquent les actions de la diaspora allant à l’encontre de ses intérêts ; secrète­ ment, par l’intermédiaire de ses services de renseignement. Les opérations de renseignement sont une atteinte à la sécurité des États concernés – dont la Suisse24 – et à celle des diaspo­ ras. Le présent chapitre expose les mesures de surveillance que la RPC applique aux diasporas tibétaine et ouïgoure en Suisse, et les contre-mesures prises par la Suisse. 4.1 Formes de surveillance La surveillance des diasporas et des opposants expatriés (au sens large) touche de nombreux États. Les services de renseignement étrangers ont souvent les moyens d’obtenir sur ces communautés des informations qui leur permettent de les observer, voire de les instrumenta­ liser à des fins politiques. Ils ont notamment pour objectif d’identifier les militants de mouve­ ments ayant un potentiel de déstabilisation ou de nuisance aux yeux du régime en place dans l’État concerné. La communauté tibétaine fait l’objet en Suisse, comme dans le reste du monde, d’une attention particulière de la part des services de renseignement chinois et d’autres organisations du PCC telles que le « Département du travail du Front uni », organi­ sation de propagande, d’encadrement, de réseautage et, implicitement, de renseignement du parti, active notamment hors de Chine où elle cherche à accroître son influence, entre autres, sur la diaspora chinoise. Ces services s’intéressent aussi de près aux nombreux citoyens suisses (d’origine ou natura­ lisés) qui, par conviction personnelle, manifestent leur soutien moral, politique ou financier aux organisations tibétaines, et aux organisations non gouvernementales (ONG) qui défendent les droits des Tibétains. Les éléments recueillis depuis une dizaine d’années indiquent que la surveillance de la com­ munauté tibétaine en Suisse revêt différentes formes, dont voici quelques exemples : 24 - Les services de renseignement chinois surveillent les manifestations organisées par la diaspora tibétaine. Leurs agents opèrent sous couverture diplomatique ou se font passer pour des journalistes, des touristes ou des étudiants. Il arrive que les services de renseignement confient ponctuellement ces missions à des tiers, soit établis en Suisse soit mandatés de l’étranger. - La visite officielle en Suisse de hauts fonctionnaires ou de représentants politiques chinois déclenche généralement une intensification des activités de renseignement, pour des raisons essentiellement liées à la politique et à la sécurité. Les représenta­ tions diplomatiques et les services de renseignement sont alors mis à contribution pour collecter des informations sur d’éventuelles manifestations ou tentatives de perturba­ tion prévues par des opposants tibétains, notamment sur les lieux de passage officiels, Cf. SRC (2023): 64. 13/34

Select target paragraph3