Résumé La Chine est un acteur international majeur. Elle a connu ces dernières années un développement fulgurant et fait partie aujourd’hui des grandes puissances. La planification à long terme pratiquée par l’État revêt toujours une grande importance : ainsi, les dirigeants chinois ont récemment publié une série de stratégies visant l’accession de la Chine à la suprématie technologique mondiale dans dix domaines industriels clés et l’accroissement de son influence dans le monde entier. La Chine est de facto un État à parti unique. Les tendances autoritaires se sont accrues ces dernières années, tout comme la répression des dissidents et la persécution des minorités. Pékin exige de pouvoir intervenir davantage au sein des organisations internationales et ambitionne de façonner les règles de la coopération internationale en fonction de ses propres intérêts. Les tensions entre la Chine et les États-Unis s’accentuent. L’Union européenne (UE) exige le respect des règles établies avec une insistance grandissante. Ces rivalités géopolitiques croissantes réduisent la marge de manœuvre en matière de coopération internationale. Cette dynamique n’est pas dans l’intérêt de la Suisse. En tant que puissance de moyenne importance et économie ouverte axée sur les exportations, la Suisse a tout avantage à ce que l’ordre international libéral bénéficie d’un large soutien et que les organisations multilatérales soient capables d’agir. La Suisse a derrière elle 70 ans de coopération avec la République populaire de Chine. Esprit pionnier, flexibilité et ouverture, mais aussi respect mutuel face à des systèmes politiques, sociaux et économiques différents ont toujours caractérisé les relations entre nos deux pays. Aujourd’hui, la Chine est le troisième partenaire commercial de la Suisse ; ces relations reposent sur un accord de libre-échange, un partenariat stratégique innovateur mais aussi des dizaines de canaux de dialogue, notamment sur les droits de l’homme. La coopération avec la Chine reste guidée par les intérêts et les valeurs de notre pays. Le Conseil fédéral est persuadé que la meilleure manière pour la Suisse de continuer à préserver ses intérêts et ses valeurs est de mener un dialogue critique et constructif et d’entretenir des relations largement diversifiées avec Pékin. La Suisse entend bâtir des ponts, exploiter les opportunités et aborder les problèmes ouvertement. Un abandon de la politique menée jusqu’à présent vis-à-vis de Pékin n’aurait aucune répercussion positive sur l’évolution de la situation politique en Chine. Par contre, cela nuirait aux intérêts de la Suisse et pourrait accroître les incertitudes concernant son positionnement en matière de politique extérieure. La stratégie énonce les principes, les priorités, les objectifs et les mesures qui sous-tendent la politique de la Suisse à l’égard de la Chine. Les priorités thématiques, qui découlent de la stratégie de politique extérieure 2020–2023 (SPE 20–23) du Conseil fédéral, sont les suivantes : 1. paix et sécurité ; 2. prospérité ; 3. durabilité ; 4. numérisation. La Suisse cherche à collaborer avec Pékin de manière ciblée. Partout où cela est possible, elle s’efforce de rapprocher les conceptions chinoises et occidentales au service de l’intérêt général, et de maintenir et développer des normes communes. Il importe à cet égard de préserver l’ordre international libéral. La Suisse n’hésite pas à émettre des critiques si la situation l’exige. Le cas échéant, elle se coordonne avec les États qui partagent des valeurs et des intérêts similaires. Les pays européens, en particulier, sont à cet égard des partenaires évidents. Le Conseil fédéral entend renforcer la cohérence dans le cadre du système fédéral. La présente stratégie sert ainsi de cadre d’orientation. Elle ne peut cependant nullement anticiper chacune des décisions politiques qui seront prises ces prochaines années. La mise en œuvre de la stratégie pour la Chine fait partie du façonnement permanent de la politique étrangère par le Conseil fédéral. Il importe de développer l’expertise suisse sur la Chine à l’intérieur comme à l’extérieur de l’administration fédérale. Le Conseil fédéral renforce la cohérence de sa politique à l’égard de la Chine en créant de nouveaux organes de coordination au sein de l’administration fédérale. Tous les services fédéraux qui s’occupent de questions en lien avec la Chine, tous départements confondus, sont représentés au sein du groupe de travail interdépartemental sur la Chine. En parallèle, le Conseil fédéral renforce l’échange d’informations avec les acteurs externes à l’administration fédérale qui jouent un rôle important dans le développement des relations avec la Chine, à l’instar du Parlement, des cantons, des milieux scientifiques, du secteur privé et de la société civile. Avant-propos 5

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