Malgré les divergences et les résultats insatisfaisants, le
dialogue sur les droits de l’homme avec la Chine reste, du
point de vue de la Suisse, un processus pertinent pour la
période 2021–2024 également, et ce pour deux raisons :
Premièrement, la Suisse montre ainsi clairement qu’elle reste
attachée au dialogue avec la Chine et souhaite continuer à
œuvrer à l’obtention de progrès tangibles. Deuxièmement, elle
souligne, à travers ce dialogue, l’importance qu’elle attache
aux droits de l’homme dans le cadre des relations bilatérales.
Pour les victimes de violation des droits de l’homme en Chine,
ce dialogue est un signal important signifiant que les reculs
enregistrés dans ce domaine ne passent pas inaperçus.
Le dialogue bilatéral ne représente que l’un des nombreux
instruments bilatéraux et multilatéraux dont dispose la Suisse
pour aborder la question des droits de l’homme. Pour que
l’engagement en faveur des droits de l’homme en Chine ait
un impact, il est impératif que la Suisse défende ses positions
de manière cohérente et conséquente à tous les niveaux et au
sein des instances multilatérales.
3.2 Positionnement sur l’échiquier mondial
Dans la SPE 20–23, le Conseil fédéral établit que la politique
extérieure se complexifie du fait des évolutions de la politique
mondiale et que les relations avec les grandes puissances
gagnent en importance pour la Suisse. Les relations avec des
États pris isolément doivent cependant toujours être considérées dans un contexte plus large.
La montée en puissance de la Chine et les modifications de
l’équilibre des rapports de force ne remettent pas fondamentalement en question le positionnement de la Suisse en
matière de politique extérieure. Indépendance et universalité
en resteront les principaux axes. La Suisse est neutre et n’appartient à aucun bloc. Elle privilégie le dialogue avec tous les
États.
Dans le même temps, elle continue à défendre ses valeurs et
ses intérêts à long terme. L’ordre économique libéral, fondé
sur l’état de droit et les droits fondamentaux individuels, ainsi
que la démocratie en tant que modèle d’organisation font
clairement partie des valeurs fondamentales de la Suisse qui
ont apporté au pays, ces dernières décennies, la sécurité, l’indépendance et la prospérité.
Une polarisation géopolitique ou la constitution d’un bloc
chinois et d’un bloc américain ne sont pas dans l’intérêt de
notre pays. La Suisse soutient les réformes des organisations
internationales afin que le système multilatéral puisse maintenir sa capacité d’action pour les prochaines décennies. Les
problèmes mondiaux appellent des solutions mondiales.
Cette approche est la seule à même de garantir la sécurité,
l’état de droit et la prévisibilité.
Des prises de position indépendantes, une diplomatie ciblée
et une action réfléchie basée sur le droit international face
aux différends internationaux sont essentielles pour asseoir la
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La Suisse et la Chine
crédibilité de la Suisse dans son rôle de trait d’union. En poursuivant sa politique de bons offices, la Suisse contribue à la
stabilité de l’ordre international. La Genève internationale ne
peut exister comme espace de dialogue neutre qu’à la condition que la Suisse agisse avec crédibilité et au besoin avec la
discrétion nécessaire. Pour sa part, la Suisse s’attend à ce que
son indépendance soit respectée à l’échelle internationale et
souhaite ne pas se voir imposer des choix binaires. En cas de
doute, elle défend la liberté.
Les États européens et l’UE adoptent souvent des positions
similaires et demeurent les principaux partenaires de la Suisse.
Nos valeurs sont souvent identiques. Dans la situation géopolitique actuelle, l’entretien de relations réglementées avec
l’UE revêt encore plus d’importance. Nombre de questions
de politique internationale appellent également une coordination plus étroite. Toutefois, la Suisse coordonne également
son action avec celle de nombreux États extra-européens
poursuivant des intérêts similaires, dans le but de renforcer
la coopération multilatérale régie par des règles et de trouver
des réponses communes aux défis globaux.
Dans ses relations avec la Chine aussi, le Conseil fédéral se
laisse guider par cette position. La coopération avec les États
non démocratiques est complexe et le dialogue difficile en cas
de divergences d’opinion. En outre, sur le plan de la politique
intérieure, les attentes sont différentes concernant la Chine.
Le Conseil fédéral est cependant persuadé que la meilleure
manière pour la Suisse de continuer à préserver ses intérêts
et ses valeurs est d’entretenir des relations largement diversifiées avec Pékin. Se détourner de la Chine n’aurait aucune
répercussion positive sur l’évolution de la situation politique
intérieure du pays. Par contre, cela nuirait aux intérêts de la
Suisse et pourrait accroître les incertitudes concernant son
positionnement en matière de politique extérieure.