fonctionnement des chaînes de création de valeur mondiales.
Au vu de l’interdépendance marquée qui lie les deux plus
grandes économies du monde, un découplage complet est
difficilement envisageable et implique des coûts énormes.
Cependant, un découplage partiel est déjà engagé, notamment pour ce qui touche aux nouvelles technologies et aux
biens stratégiques tels que les microprocesseurs.
Il est encore impossible de prédire dans quelle mesure la fragmentation de la gouvernance mondiale se poursuivra et si la
tendance qui voit émerger de nouveaux espaces normatifs,
dotés de leurs propres systèmes de valeurs, normes industrielles, espaces de données et systèmes de paiement, va s’amplifier. Une telle formation de blocs au détriment de solutions
multilatérales ferait bien plus de perdants que de gagnants.
Il semble toutefois réaliste de s’attendre à une concurrence
croissante entre Chine et États-Unis, qui dépassera les conflits
actuels autour du commerce et de la technologie.
Un risque d’escalade accru se présente notamment dans la
périphérie maritime de la Chine. En mer de Chine méridionale, les ambitions territoriales de cette dernière se heurtent à
celles d’autres pays et à la revendication d’un libre accès aux
océans, qui émane des États-Unis et de bien d’autres États.
La question taïwanaise pourrait également demeurer source
de conflits. Par ailleurs, on observe des tensions accrues à la
frontière terrestre avec l’Inde.
L’Union européenne a le potentiel de se positionner comme
une troisième force dans l’équilibre mondial des pouvoirs.
L’entente européenne est aussi une réponse au fait que le
monde n’est plus euro centrique depuis longtemps. Collectivement, les États européens auraient le poids nécessaire pour
défendre les valeurs et les intérêts de l’Europe sur la scène
internationale. Mais des positions nationales divergentes font
souvent obstacle à une politique étrangère européenne efficace.
le marché chinois, à l’insécurité juridique et à l’arbitraire, à un
transfert de technologie forcé et à des violations des droits de
propriété intellectuelle ainsi que de la protection des données
et de la personnalité. Dans l’économie chinoise, l’État et les
entreprises qu’il contrôle ou subventionne continuent de
jouer un rôle dominant, ce qui donne lieu à d’importantes
distorsions de concurrence. La part de marché des entreprises
de services étrangères en Chine stagne à un niveau très
modeste.
Aujourd’hui, la Chine est bien plus présente en Europe qu’il
y a encore une décennie. Des partenariats bilatéraux la lient
à de nombreux États. La Chine entretient une coopération
régionale avec des États d’Europe centrale et orientale
(China-CEEC ou « format 17+1 »). Les investissements directs
de la Chine en Europe depuis 2005 excèdent 400 milliards
de dollars. Ils sont cependant en baisse depuis 2017. Dans
plusieurs pays, les entreprises chinoises ont investi dans des
infrastructures.
Dans de nombreux pays européens comme aux États-Unis,
l’opinion publique est moins favorable à la Chine qu’auparavant. Des sondages menés au cours de nombreuses années
révèlent une tendance claire10. L’opinion selon laquelle l’Europe aurait besoin d’une politique ferme et plus homogène
envers la Chine a gagné du terrain au sein de l’UE et de ses
États membres. L’UE recherche donc avec succès une plus
grande cohérence également dans des domaines relevant
de la compétence de ses États membres. Ainsi, elle a par
exemple créé en 2019 un cadre uniforme pour le contrôle
des investissements directs étrangers dans des infrastructures
critiques, dont la mise en œuvre s’effectue au niveau des
États membres. Les divergences dans les positions nationales
quant à la question d’autoriser la technologie chinoise dans
le domaine de la 5G (glossaire ) ne sont qu’un exemple de
la difficulté persistante à définir une politique à l’égard de la
Chine commune.
Concernant la Chine, les États de l’UE sont parvenus à définir
des bases communes. La position de l’UE vis-à-vis de la Chine
se distingue de celle des États-Unis, qui sont nettement plus
dans la confrontation. Dans son document stratégique, l’UE
désigne la Chine comme un partenaire, un concurrent et un
rival systémique tout à la fois. Elle exige le respect des normes
multilatérales et réclame plus de réciprocité 8 . L’objectif n’est
pas un découplage, mais une coopération fondée sur les intérêts et pratiquée dans le respect des règles internationales.
Plusieurs États membres de l’UE ont déjà adopté des stratégies relatives à la Chine dont les grands axes sont similaires9.
En scellant avec la Chine en décembre 2020 un accord politique sur la conclusion, de principe, d’un accord global sur
les investissements (AGI), la Commission européenne cherche
à affirmer ces principes et à améliorer les conditions économiques. De nombreuses entreprises restent confrontées, sur
Il est également difficile d’estimer dans quelle mesure un
positionnement européen autonome ou un positionnement
transatlantique plus fort est en train de se dessiner vis-à-vis
de la Chine. La nouvelle stratégie de croissance présentée
par la Commission européenne, celle d’un pacte vert pour
l’Europe visant une société équitable et prospère à l’économie moderne, compétitive et efficace dans l’utilisation
des ressources, est un exemple témoignant d’une identité
européenne qui se distingue tant de l’identité américaine que
de l’identité chinoise. On peut toutefois aussi s’attendre à ce
que l’UE et les États-Unis unissent leurs forces dans plusieurs
domaines, notamment en ce qui concerne les valeurs
communes comme les libertés politiques individuelles.
8
10 Laura Silver, Kat Devlin, Christine Huang, Unfavorable Views of China Reach Historic
Highs in Many Countries: Majorities say China has handled COVID-19 outbreak
poorly , octobre 2020.
9
Commission européenne, Relations UE-Chine – Une vision stratégique,
mars 2019. Commission européenne, EU China Relations, juin 2020.
Exemples : Pays-Bas et Suède.
Analyse géopolitique
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