Sous la conduite du président Xi Jinping, la Chine se perçoit
désormais comme une grande puissance. Au niveau international, cela se traduit par une politique extérieure nettement plus active et par l’exigence d’être respectée comme
une puissance mondiale. Selon l’interprétation chinoise, il
s’agit là d’un « retour » à un rôle dirigeant dans la politique
mondiale – après l’absence politique et économique de
l’Empire chinois au temps de l’impérialisme européen. La
gestion de la pandémie de la COVID-19 a encore renforcé
la confiance en soi des dirigeants politiques. Aujourd’hui, la
dimension internationale imprègne de plus en plus les intérêts
et le programme géostratégique de la République populaire.
Toutefois, la Chine doit aussi faire face à de grands défis
internes. Les incertitudes liées à l’évolution future du
commerce international, le vieillissement de la société et
l’étendue de la dette intérieure chinoise laissent entrevoir une
situation économique difficile pour les prochaines années.
Enfin, le développement fulgurant de la Chine s’accompagne
aussi de sérieux problèmes environnementaux. Outre les
problèmes environnementaux locaux et régionaux comme la
pollution des sols, de l’air et de l’eau, les émissions de gaz à
effet de serre constituent un problème d’envergure mondiale.
Les émissions de la Chine ont certes atteint leur pic en 2013,
mais le pays, qui émet 28 % du dioxyde de carbone mondial,
demeure encore le premier pays émetteur de gaz à effet de
serre. Ses émissions de CO2 par habitant sont comparables
à celles des pays européens (figure 7). Plus de 80 % de son
bouquet énergétique est constitué de combustibles fossiles.
Cela étant, le président Xi Jinping a annoncé que la Chine
visait la neutralité carbone d’ici 2060. Aujourd’hui déjà, le
pays investit plus que tout autre dans les énergies renouvelables et a rejoint l’avant-garde de la mobilité électrique. S’il
parvenait à atteindre ses objectifs climatiques ambitieux, un
pas très important serait franchi dans la lutte mondiale contre
le réchauffement climatique.
L’évolution démographique constitue un défi. La Chine a
non seulement la population la plus nombreuse du monde
(19 %), mais aussi celle qui vieillit le plus rapidement. L’exode
rural combiné à une urbanisation accélérée présente à la fois
des avantages et des défis sur les plans économique et social.
De plus, le caractère inégalitaire de la société chinoise reste
une problématique bien présente : même si une large majorité de la population a pu profiter de l’essor des dernières
décennies, les écarts se sont creusés dans la répartition du
revenu6.
6
Banque mondiale, The World Bank in China: Overview ; Banque mondiale,
Data Bank: Poverty and Equity ; Données de la Banque asiatique de développement, People’s Republic of China, Key Indicators.
25
9
8
20
6
États-Unis,
par habitant
5
4
3
10
China, par habitant
2
1
Chine, total
5
Suisse, par habitant
0
-1
Reste du monde, total
1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018
10
15
Analyse géopolitique
0
Émissions de CO2 par habitant (t)
Émissions de CO2, année de référence 1990 (Gt)
7
Figure 7 : Total des émissions
de CO2 (trait plein, axe de
gauche) et émissions de
CO2 par habitant (trait en
pointillé, axe de droite) en
comparaison avec les ÉtatsUnis, la Suisse et le reste du
monde (sources : Indicateurs
du développement dans le
monde, Banque mondiale ;
Global Carbon Project).