SÉNAT
7 JANVIER 2021
Programme de travail forcé au Tibet
2. Réponses des ministres
aux questions écrites
18437. − 29 octobre 2020. − Mme Jacqueline Eustache-Brinio attire l’attention de M. le ministre de l’Europe
et des affaires étrangères sur le rapport publié par la Jamestown Foundation le 22 septembre 2020, qui a révélé
que la Chine poursuivait un programme à grande échelle de travail forcé dans la région autonome du Tibet. Ce
programme a déjà poussé plus d’un demi-million de Tibétains des zones rurales hors de leurs terres vers des centres
de formation au cours des sept premiers mois de l’année 2020. Fondé sur les thèses racistes relatives à la mentalité
« arriérée » des Tibétains, il vise à réduire l’influence du bouddhisme tibétain et à forcer les Tibétains à abandonner
leur mode de vie traditionnel au nom de la réduction de la pauvreté. Elle lui demande donc si le Gouvernement
condamne les programmes de travail forcé dans la région autonome du Tibet. Elle lui demande également quelles
mesures celui-ci entend prendre face à cette violation manifeste des droits de l’homme, outre exprimer ses
inquiétudes auprès des autorités chinoises.
Réponse. − Le ministère de l’Europe et des affaires étrangères a étudié avec la plus grande attention le rapport
publié par la Jamestown Foundation et se montre particulièrement préoccupé par les éléments faisant état de la
mise en place de pratiques de travail forcé et de contrôle des minorités au Tibet, comparables à celles observées au
Xinjiang. La France suit avec attention la situation des droits de l’Homme dans les différentes régions de
population tibétaine, s’agissant en particulier de la préservation de leur identité culturelle, de leur patrimoine et de
la situation des prisonniers politiques. Nos préoccupations concernant la situation des droits de l’Homme dans la
région autonome du Tibet (RAT) sont systématiquement rappelées lors de nos échanges à haut niveau avec les
autorités chinoises et dans les enceintes multilatérales. Ainsi, à l’occasion du passage de la Chine à l’examen
périodique universel (EPU) en novembre 2018, la France a adressé six recommandations aux autorités chinoises,
dont deux portaient sur la nécessité de garantir la liberté d’expression ainsi que la liberté religieuse et de croyance,
notamment au Tibet et au Xinjiang. Dans le cadre du Conseil des droits de l’Homme, la France et l’Union
européenne (UE) rappellent de manière régulière et publiquement leur préoccupation persistante s’agissant de la
situation des droits de l’Homme en Chine, notamment au Tibet, et soulèvent les cas individuels. Cela a été le cas
lors de la 45e session du Conseil des droits de l’homme, en septembre dernier. Au niveau bilatéral, la visite en
France du Président chinois XI Jinping (mars 2019), la visite en Chine du Président de la République
(novembre 2019), ainsi que la visite du ministre des affaires étrangères Wang Yi en France (août 2020), furent
l’occasion d’échanges francs sur les préoccupations françaises et européennes concernant la situation des droits
fondamentaux en Chine. Au niveau national, la France appelle toutes ses entreprises à faire preuve de vigilance
dans le choix de leur chaîne d’approvisionnement, afin de ne pas traiter avec des entités qui auraient recours au
travail forcé. En vertu de la loi sur le devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d’ordre de
mars 2017, il leur revient d’identifier les risques liés aux activités des entreprises et à leur chaîne
d’approvisionnement afin de prévenir les atteintes graves aux droits fondamentaux. Plus largement, la France
appelle à la reprise du dialogue entre les envoyés du Dalaï Lama et les autorités chinoises afin de trouver une
solution durable, respectueuse de la culture et de la langue tibétaines. Elle contribue également aux échanges entre
l’Union européenne et la Chine sur ces questions, en particulier dans le cadre du dialogue UE-Chine sur les droits
de l’Homme dont la dernière session s’est tenue le 1er et le 2 avril 2019.
Conséquences des appels au boycott de produits français à l’étranger
18618. − 5 novembre 2020. − M. Pascal Allizard attire l’attention de M. le ministre de l’Europe et des affaires
étrangères à propos des conséquences des appels au boycott de produits français. Il note qu’à la suite de l’attaque
terroriste contre un enseignant de collège et de la republication des caricatures de l’hebdomadaire Charlie Hebdo,
la France a été amenée à rappeler le caractère fondamental de ses principes républicains, tels que la laïcité et la
liberté d’expression. À l’international, des manifestations hostiles à la France ont eu lieu dans un certain nombre
de pays et des appels au boycott de produits français y ont été lancés en réaction. Par conséquent, il souhaite
connaître l’impact de ces appels au boycott et savoir s’ils traduisent un climat d’insécurité grandissant pour les
Français résidant dans lesdits pays. Enfin, il souhaite connaître les réactions diplomatiques françaises à ces
mouvements de mécontentement.
Réponse. − La France a fait l’objet de certaines réactions critiques et parfois d’appels au boycott, pour la plupart de
nature informelle et sans le soutien des autorités locales. Ces appels au boycott ont été suivis à des degrés divers
selon les pays, affectant les produits de grande consommation, les enseignes de marque française accueillant du
public ainsi que, parfois, les relations d’affaires avec les intermédiaires locaux (grossistes, distributeurs, associations
professionnelles, etc.). En Afrique du Nord, au Moyen-Orient et en Asie, on observe depuis plusieurs semaines
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