Situation des Tibétains et des Ouïgours en Suisse ont alors transité par les provinces du sud-ouest de la Chine, dont le Yunnan, pour rejoindre des pays d’Asie du Sud-Est12. L’Inde, le Népal et le Bhoutan furent les premiers pays à abriter une importante diaspora tibé­ taine. Mais depuis dix ou vingt ans, le nombre des personnes qui y sont enregistrées diminue. Le gouvernement tibétain en exil a par exemple dénombré en Inde, pays où il a son siège, 72 300 personnes d’ethnie tibétaine en 2021, alors que huit ans auparavant on en comptait un tiers de plus. Cette diminution tient très probablement à l’émigration secondaire vers l’Aus­ tralie, l’Europe et l’Amérique du Nord13. Les personnes d’ethnie tibétaine ont le droit de résider en Inde, au Népal et au Bhoutan à condition d’avoir obtenu légalement leur titre de séjour et de le renouveler régulièrement dans les délais prescrits. Celles qui émigrent directement de RPC au Népal bénéficient depuis 2003 d’un document officiel spécial qui garantit leur transit du Népal vers le nord de l’Inde, où se trouve le siège du gouvernement tibétain en exil. Sur la base de ce document délivré par l’ambassade d’Inde à Katmandou, le gouvernement en exil aide les nouveaux arrivants à obtenir un titre de séjour indien officiel14. On dispose d’informations selon lesquelles des personnes d’ethnie tibétaine ont pu acquérir légalement les nationalités indienne ou bhoutanaise. Pour ce qui est du Népal, il semble par contre établi que des Tibétains en ont acquis la nationalité par des voies illégales et que la naturalisation légale est difficile d’accès15. La Suisse abrite probablement, hors Asie, la diaspora tibétaine la plus ancienne, qui comptait déjà plus d’un millier de personnes au milieu des années 1970. Son effectif actuel est plus difficile à établir. On l’estime à 8000 pour 2018, mais on ne dispose pas de chiffres vérifiables plus récents. Dans le reste de l’Europe, les Tibétains seraient particulièrement nombreux en Belgique (environ 5000), et encore plus en France, où la région parisienne en abriterait à elle seule une dizaine de milliers16. L’augmentation du nombre de Tibétains présents en Europe au cours des vingt dernières années s’explique notamment par les événements et les facteurs d’accélération des migra­ tions suivants : simplification de l’obtention de documents de voyage de remplacement indiens (avril 2000), événements politiques survenus dans les régions tibétaines de RPC (2008) et accroissement général des flux migratoires à destination de l’Europe (2015-2016). La statis­ tique suisse de l’asile (1995-2022) révèle par ailleurs que, s’agissant des requérants d’asile de RPC, le nombre de demandes primaires a diminué ces dernières années, alors que le nombre de demandes secondaires a augmenté (principalement en raison de naissances)17. 2.3 exil Exode des personnes d’ethnie ouïgoure et communautés ouïgoures en Le premier exode massif des personnes d’ethnie ouïgoure a eu lieu des années 1960 à la fin des années 1970 pendant la Révolution culturelle, notamment à destination de la Turquie. Le Xinjiang a alors connu des manifestations analogues aux événements politiques qui ont agité la RAT. De nombreux Ouïgours ont probablement quitté la région à cette époque. En 2009, le Xinjiang a été déchiré par de violents affrontements interethniques qui ont fait de nombreux morts. À partir de 2006 environ, et surtout de 2009, après ces affrontements, obtenir un do­ cument de voyage chinois est devenu presque impossible pour de nombreuses personnes d’ethnie ouïgoure. Celles qui souhaitaient partir ont donc quitté illégalement la RPC pour se 12 Cf. Barnett (2019) : 457-486 ; Leh (2018) ; Memory of Nations (1974). Cf. Gouvernement indien, ministère de l’Intérieur (2019, 2020, 2022). 14 Cf. SEM (2013). 15 Cf. Frechette (2004) ; Weber et al. (2024). 16 Cf. Robin (2021). 17 Social and Resource Development Fund (2020); SEM (1995-2022) 13 9/34

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