Situation des Tibétains et des Ouïgours en Suisse
2 Situation en RPC et exode des Tibétains et des
Ouïgours
Ce chapitre expose la situation politique en RPC et la politique du pays vis-à-vis des minorités
tibétaine et ouïgoure. Il dresse ensuite un portrait des diasporas des deux ethnies, en retraçant
brièvement l’historique de leurs flux migratoires.
2.1
Situation en RPC
La RPC est de facto un État unipartite socialiste dirigé par le Parti communiste chinois (PCC),
qui domine ses structures gouvernementales et prend les décisions les plus importantes. Le
PCC contrôle les pouvoirs exécutif, judiciaire et législatif et l’Armée populaire de libération, la
RPC ne connaissant pas la séparation des pouvoirs telle qu’elle existe dans les démocraties
libérales4. Au cours des dernières années, la centralisation du pouvoir politique s’est encore
accentuée tandis que se renforçaient le contrôle de la société et la répression intérieure5.
Le développement des tendances autoritaires ces dernières années va de pair avec une nette
détérioration de la situation en matière de droits de l’homme, qui se traduit par un durcisse
ment de la répression à l’encontre des dissidents et par la persécution des minorités et des
défenseurs des droits de l’homme. Les atteintes à la liberté d’expression, à la protection de la
sphère privée et aux droits des minorités, notamment, sont en augmentation6.
Les autorités de Pékin considèrent la communauté tibétaine comme une menace pour leurs
ambitions pour le pays et comme une source importante d’instabilité. Premièrement, cette
communauté reste largement majoritaire dans sa région d’origine, le Tibet, et s’emploie à
préserver une utilisation des terres au profit des populations locales alors que le gouverne
ment central considère l’exploitation des ressources minières et aquifères comme cruciale
pour l’avancement économique du pays.
Deuxièmement, les Tibétains conservent une identité ethnique, culturelle et religieuse très
forte, qui les distingue de la majorité han et va à l’encontre du projet d’une RPC unie idéolo
giquement derrière le PCC. Troisièmement, ils disposent d’une forte diaspora, très active dans
la dénonciation de la répression menée par la RPC contre leur minorité. Quatrièmement, une
partie de la communauté tibétaine revendique une indépendance ou une autonomie par rap
port à la RPC. Les autorités de Pékin craignent que ces aspirations ne se traduisent par des
mouvements séparatistes ou des rébellions.
La communauté ouïgoure est également perçue comme une menace et une source d'instabi
lité par les autorités de Pékin. Si les raisons sont très similaires à celles exposées pour la
communauté tibétaine, s’y ajoute l’affirmation de Pékin que certains groupes ouïgours se
raient influencés par l’extrémisme islamiste. La répression religieuse y est d’autant plus mar
quée.
En conséquence, les communautés tibétaine et ouïgoure en RPC sont la cible d’un contrôle
sécuritaire très intrusif et d’une politique de rééducation, de sinisation et d’endoctrinement.
Ces mesures s’accompagnent d’une ingérence des autorités dans les affaires internes tibé
taines, par exemple dans l’organisation et la gestion des lieux de culte ainsi que l’éducation
et la pratique religieuse. Cette ingérence s'inscrit dans le cadre d’une politique plus large de
contrôle social, culturel et religieux des minorités ethniques en Chine. La Chine cherche éga
lement à gagner une influence décisive sur l’institution du dalaï-lama et la désignation de son
4
Cf. DFAE (2021) : 8, 35.
Cf. FF 2021 2895, 14.
6
Cf. DFAE (2021) : 5, 8, 19.
5
7/34