L’initiative des nouvelles routes de la soie (BRI pour « Belt and
Road Initiative », cf. glossaire
), lancée par la Chine en
2013, illustre parfaitement le modèle de développement de
portée mondiale par lequel Pékin veut rehausser sa présence
économique et géopolitique croissante sur la scène internationale, mais aussi souligner et consolider de façon stratégique sa
prétention à diriger7. Même s’il n’est pas défini avec précision,
ce projet vise en premier lieu à accélérer en Chine le développement des provinces plus pauvres de l’ouest et à renforcer les
connections entre les régions, principalement en Asie, en Asie
centrale, en Europe et en Afrique (figure 8). Les grands projets
d’infrastructure et la coordination de la politique économique
et financière jouent à cet égard un rôle essentiel.
Contrairement aux organisations multilatérales, la BRI n’est
pas un groupement de membres sur pied d’égalité au niveau
du droit international, mais une structure orientée vers la
Chine en tant qu’initiatrice, hôte et présidente permanente. Il
en résulte que l’application de normes reconnues sur le plan
international n’est pas demandée ni vérifiée de manière aussi
contraignante qu’au sein d’organismes multilatéraux. La mise
en œuvre concrète des différents volets de ce programme
stratégique est gérée de manière flexible par Pékin.
En matière de multilatéralisme, le rôle de la Chine a fortement évolué. Aujourd’hui, la république populaire investit
beaucoup dans les forums multilatéraux existants. Elle s’implique plus fortement, prend des responsabilités et se présente
comme un soutien à l’ordre établi. La contribution de la Chine
au financement des Nations Unies a rapidement augmenté
ces dix dernières années (figure 9). Elle privilégie toutefois un
soutien sélectif à différents organes de l’ONU. Des cinq puissances bénéficiant du droit de veto au Conseil de sécurité des
Nations Unies, la Chine est celle qui met le plus de troupes à
disposition pour des missions de maintien de la paix. Si elle est
encore sous-représentée parmi le personnel du Secrétariat de
l’ONU, elle est le seul pays dont sont issus quatre directeurs
des quinze institutions spécialisées des Nations Unies.
7
NDRC, MFA, MOFCOM, Vision and Actions on Jointly Building Silk Road
Economic Belt and 21st-Century Maritime Silk Road, mars 2015.
À l’OMC, la Chine continue de profiter dans la plupart des
domaines de son statut de pays en développement. Jusqu’à
présent, le pays n’a assumé toutefois qu’une responsabilité
limitée concernant le maintien et le développement des règles
commerciales multilatérales. La Chine compte parmi les dix
plus grands pays donateurs au sein de certaines banques
multilatérales de développement, à l’instar de l’Association
internationale de développement du Groupe de la Banque
mondiale. Cela étant, elle demeure un pays emprunteur
important et joue par conséquent un double rôle inhabituel
au sein de ces institutions. Par ailleurs, la Chine est à l’origine
de nouvelles structures de gouvernance. Elle a ainsi créé en
2015 une nouvelle banque multilatérale de développement,
la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures
(BAII), dont les activités s’étendent de plus en plus au-delà de
l’Asie.
La Chine utilise aussi son influence croissante pour remodeler
le système multilatéral en sa faveur. Ainsi, Pékin réinterprète
les normes de l’ordre international établi selon son modèle
de société et de développement, tout particulièrement en
ce qui concerne les droits de l’homme. La Chine s’emploie
également à limiter l’accès des acteurs de la société civile aux
organisations internationales.
La montée en puissance de la Chine et sa vigoureuse défense
de ses propres intérêts renforcent les tendances à une fragmentation encore plus marquée de l’ordre international. Son
influence croissante au sein du système onusien va également
de pair avec le refus des États-Unis, ces dernières années,
d’assumer dans les mêmes proportions qu’auparavant le rôle
de leader au niveau multilatéral. La rivalité croissante entre
Washington et Pékin complique encore les efforts visant à
réformer et à renforcer le système multilatéral.
La politique chinoise des États-Unis a fortement évolué :
Washington ne qualifie plus Pékin de partenaire, mais de
« concurrent stratégique ». Le scepticisme croissant dépasse
les clivages politiques. Sous l’administration Trump, les ÉtatsUnis comme la Chine ont décrété toute une série de mesures
(droits de douane, sanctions et interdictions) qui entravent le
Rang
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
États-Unis
Chine
Japon
Allemagne
Royame-Uni
France
Italie
Brésil
Canada
Russie
2010–2012
12
2013–2015
Analyse géopolitique
2016–2018
2019–2021
Figure 9 : Classement des 10
plus grands contributeurs au
budget ordinaire de l’ONU
depuis 2010 (source : ONU).